ARAIGNÉES EN BOURGOGNE

Ces photos résultent de mes reconnaissances pédestres et d'observations dans mon jardin, préservé des insecticides ... et d'une excès de soins (ce dernier point n'étant pas à vrai dire très méritoire!)
Elles n'ont pour but que de sensibiliser à notre environnement qui, pour beaucoup, n'est pas aussi familier qu'on pourrait l'espérer.
Ce qui est montré, vous-même pouvez le voir avec un peu d'attention et de patience : l'exotisme n'est pas nécessaire à l'émerveillement.
Les araignées sont mal connues : elles suscitent en général répulsion et crainte. Dommage, car elles sont source d'étonnement. La construction d'une toile par exemple, n'est-elle pas un modèle de savoir-faire instinctif? De cette connaissance résulte en tout cas un sentiment d'étrangeté, de mystère et de perfection.
Commençons notre reconnaissance arachnéenne. Ne cherchez pas de systématique : nos araignées se présentent en désordre. Vous ne pouvez perdre le fil ...

Remarque : certaines photos étant annotées, pensez-y en y déplaçant le curseur.

(Si de votre côté, vous avez quelques clichés à partager, contactez-nous)









Trouvée sur "La toile" (Web!), celle de la zygielle, araignée typiquement citadine qui évite la campagne pour s'installer sur les rebords de fenêtres, les grilles et les panneaux indicateurs...
On identifie sa toile au premier coup d'œil : en effet, il lui manque un "quartier", celui-ci divisé en deux par un fil d'alerte qui conduit tout droit à son repaire.
 (Photo de Jean-Pierre Le Fustec)
Argiope mâle

Argiope-frelon/Epeire fasciée-Argiope bruennichi

On la trouve dans les herbes hautes des endroits secs et ensoleillés, des jachères et des friches. L'abdomen de la femelle évoque celui de la guêpe, lui permettant , sans crainte des oiseaux, de rester toute la journée tête en bas, bien en évidence au centre de sa toile circulaire en forme de roue. Quant au mâle, plus terne, il atteint à peine le tiers de la taille de la femelle, et porte à l'inverse des bandes longitudinales. La présence d'un zigzag de soie blanche laisse perplexe le spécialiste quant à son utilité, d'autant plus qu'il manque souvent à la toile des araignées matures. Les sauterelles sont parmi leurs principales proies.


Argiope femelle
Les gros cocons de soie rousse de cette araignée sont des plus singuliers (elle peut en produire jusqu'à 3). Les œufs (jusqu'à 1400) en forme de dé à coudre, sont enfermés dans une sorte d'urne à double paroi operculée, présentant un col à ouverture festonnée. Parfaitement à l'abri des rigueur de l'hiver, ils éclosent au printemps.
D'autres photos transmises par Nath ICI
Dysdera crocata

Dysdère-Dysdera crocata

Elle possède 6 yeux (et non 8) et chasse la nuit les cloportes qu'elle transperce avec ses très grosses chélicères (elle peut infliger une douloureuse piqûre si on la touche). Elle habite dans une coque de soie résistante, et recherche les endroits sombres et humides ( gravats, débris de toute sorte, tas de compost, bûchers) où elle trouve ses proies.

Xysticus

Xystique-Xysticus

L'on connaît la férocité de la mante religieuse qui n'a pas un comportement très "catholique", n'hésitant pas à dévorer son partenaire dès l'accouplement accompli. De même, le comportement de l'araignée ne contribue pas à la rendre sympathique. Toutefois, le xystique a un comportement tout autre. C'est une "araignée crabe" comme la thomise; elle se déplace latéralement pour échapper à un prédateur. La rencontre des partenaires s'effectue tout en douceur : la femelle prend une position soumise avec les pattes avant repliées devant la tête. Le mâle l'enrobe de soie fine dit "voile de la mariée" qui l'immobilise. Le mâle, se glissant sous la femelle, la soulève pour y introduire ses bulbes génitaux Après la fécondation, la femelle se libère facilement de ses liens. Le cocon sera fixé aux plantes basses, l'araignée mourant le plus souvent avant même la naissance de sa descendance.

NB : Le xystique se confond facilement avec l'épeire des fissures qui, elle, porte une ligne onduleuse claire de part et d'autre de l'abdomen.


Epeire diadème camouflée
Epeire diadème bien dissimulée dans une inflorescence
 d'ombellifère en graines.
Epeire
Epeires-Epeira

Les épeires appartiennent au genre Araneus (= Epeira), un des plus importants de l'ordre des arachnides : un millier d'espèces dont plus de quarante appartiennent à la faune de France. Leurs qualificatifs précisent une caractéristique ou un milieu de prédilection : épeire à quatre points, concombre, de velours, diadème (la plus connue), à dents de soie, dromadaire, feuille-de-chêne, marbrée, des fissures, des ponts, des roseaux (et l'on appelle même parfois l'argiope frelon, épeire fasciée).
Points communs : araignées orbitèles (elles construisent une toile géométrique verticale), assez grandes, à l'abdomen volumineux. En cas de danger, si elles n'ont pas eu le temps de se replier dans leur abri, elles se laissent filer jusqu'au sol et s'immobilisent, pattes repliées.
Leurs mœurs sont aussi très différentes : si l'épeire diadème (dite aussi porte-croix, des jardins) dévore traitreusement son "amant", l'épeire des roseaux cohabite volontiers en couple à l'abri d'une tige creuse à la mauvaise saison.

Opilion

Opilion ou faucheux-Opilio

Les opilions sont proches des araignées car ils ont également 8 pattes mais ils n'ont ni venin, ni toile et leur corps n'est pas divisé en deux (thorax et abdomen sont soudés). Ils s'activent plutôt la nuit, se nourrissant de petits insectes vivants ou morts. Ils ne possèdent que 2 yeux sur une protubérance et ont de très longues pattes fines. On les trouve fréquemment autour des maisons (certains se mettent à l'abri sous les mousses et les champignons). Leurs œufs ne sont matures que tard en saison. Tactique de survie : quand un opilion est poursuivi, il peut perdre une de ses pattes qui continue à bouger par action réflexe (d'où aussi le nom de faucheux), détournant ainsi l'attention du prédateur. Il peut survivre avec à peine 4 pattes, à condition qu'il lui en reste au moins une de la 2e paire qui lui sert de palpe. Si vous remarquez des sortes de pompons rouges accrochés à leurs pattes, ce sont les larves d'un acarien qui le parasite, leptus beroni, dont les adultes vivent dans le sol des forêts.

Saltique arlequin

Saltique arlequin-Salticus scenicus

C'est une petite araignée sauteuse d'où son nom. Elle est caractérisée par un dessin abdominal variable de bandes noires et blanches et une tête, carrée à l'avant, avec 2 très grands yeux centraux. Elle tisse un abri dans les interstices et les fissures ou sous les vieilles écorces. On la voit surtout par beau temps sur les murs, les pierres et les roches. Dotée d'une vue extraordinaire, elle saute sur sa proie, surtout de petites mouches.
Le saltique se livre à une parade nuptiale particulièremant remarquable... Quand vous connaitrez mieux cette araignée (même lien que pour la vue), vous ne la considerez plus du même œil!

Pisaure mirabilis Pisaure sur ményanthe

Pisaure-Pisaura mirabilis

La pisaure n'est certes pas la plus belle, mais incontestablement la plus sympatique par son comportement. Elle présente un corps allongé avec une ligne blanche longitudinale ornant son céphalothorax et une bande claire sinueuse de chaque côté de l'abdomen.
Elle mérite bien le qualificatif d'admirable. Tout d'abord, à l'inverse de beaucoup d'araignées femelles, elle ne cherche pas à dévorer le mâle dès l'accouplement terminé. Celui-ci, beaucoup plus petit qu'elle, lui présente en guise de cadeau de séduction, une proie enveloppée de soie, et si elle l'accepte, cela signifie qu'elle est consentante. Ajoutons qu'elle ne tisse pas de toile pour capturer ses proies, mais les chasse au sol. La femelle transporte le cocon contenant ses œufs suspendus à ses chélicères.
Autre particularité remarquable est le soin apporté à sa progéniture. D'après Lucien Berland, un spécialiste des araignées, lorsqu'elle prévoit l'éclosion de ses œufs, elle fixe son cocon à une certaine distance du sol, aux rameaux d'une plante. Et "comme elle se méfie de l'imprudence de ses petits, qui, sitôt éclos, pourraient être tentés de s'évader", elle entoure le cocon d'une enveloppe de soie, de sorte qu'il se trouve enfermé dans une boule de 4 à 5 cm de diamètre. Lorsque les petits éclosent, ils sortent du cocon et se répandent dans cette grande sphère tout en restant sous la surveillance de leur mère. Au fur et à mesure que ses petits deviennent plus agiles et entreprenants, la mère élargit la sphère qui les renferme, si bien que, pendant 2 ou 3 semaines, ils sont vraiment protégés des périls extérieurs. A ce moment, ils muent et la pisaure déchire l'enveloppe afin qu'ils se dispersent pour mener leur vie individuelle.



La pisaure et sa nurserie
Tégénaire

Tégénaire-Tegenaria gigantea

Bien connue car elle fréquente les lieux habités et s'avère la phobie de quelques ménagères, faisant ainsi le bonheur des fabricants de bombes insecticides. On la rencontre plus souvent en fin d'été lorsqu'elle se met en quête d'un partenaire. Elle construit une toile parallèle au sol et munie d'un tunnel d'où elle guette ses proies. Elle possède un corps jaunâtre à brun roux très tâcheté de noir et portant des chevrons clairs vers l'arrière. Elle peut jeûner pendant plusieurs mois sans mourir. Du reste, à l'inverse des autres araignées qui, pour la plupart, sont des espèces annuelles, la tégénaire peut vivre 4 ans.
Cette espèce, à l'inverse de la Tegenaria agrestis, commune aux Etats-Unis et dont la piqûre peut occasionner une nécrose, s'avère impressionnante certes, mais sans danger (même si vous n'aimez pas les araignées, n'oubliez pas qu'elles sont utiles).

Tétragnathe mâle
Spécimen mâle prêt à l'accouplement
Tétragnathe-repas

 La tétragnathe
: à gauche le mâle, à l'affût sur sa toile au-dessus de l'eau;
                            à droite dégustant une proie.
        Ci-dessous, au repos, positionnée  en toute discrétion le long d'une tige.
                        

Tétragnathe étirée-Tétragnatha extensa 

(8 espèces différentes en France)

La tétragnathe étirée vit à proximité et au-dessus de l'eau sur les plantes aquatiques. En cas de nécessité, elle peut se déplacer rapidement en surface. Sa toile comporte un espace vide au milieu; elle est souvent disposée dans un plan oblique, tendue au dessus de l'eau et jouant ainsi le rôle de filet à moustiques.
Au repos, elle quitte sa toile pour se dissimuler dans les herbes : elle se fixe sur une tige, les 2 longues pattes avant, serrées et tendues dans le prolongement du corps, les 2 pattes arrières dans la même position, tandis que la paire centrale enserre le support végétal, passant ainsi plus facilement inaperçue.
Lors de l'accouplement, les puissantes chélicères divergentes et dentées du mâle bloquent celles de la femelle : détails en cliquant sur la photo ci-dessus.

Tétragnathe au repos, positionné en toute discrétion le long d'une tige
Thomise à l'affût
Capture d'un syrphe : observez les chélicères injectant le venin derrière la tête.
Venue d'une corolle blanche, cette thomise n'a pas encore la teinte de son nouveau support

Thomise variable-Misumena vatia

Cette araignée est la plus représentative, la plus étonnante de la famille des thomises. Elle possède un abdomen dodu, élargi postérieurement, et des pattes dirigées latéralement. Les 2 premières beaucoup plus grandes, et sa façon de marcher de côté lui ont valu le nom d'araignée-crabe. La thomise n'a pas besoin de toile pour capturer ses proies : elle se tient à l'affût au cœur des fleurs, souvent blanches ou jaunes car elle est capable de changer progressivement de couleur dans cette gamme de tons pour mieux passer inaperçue (homochromie adaptative).
Lorsqu'un insecte vient butiner, elle injecte son venin derrière la tête, le paralysant intantanément. Elle peut ainsi capturer des proies bien plus grosses qu'elle.

Afin de reconnaître les araignées présentées, je vous propose un quiz simplifié  :  cliquez  ici, puis essayez de mettre un nom sur chaque araignée du diaporama.
Vérifiez ensuite votre réponse en  plaçant  votre pointeur sur la photo.





Toile pouponnière en forme de dômeL'on devine la pisaure, dans la végétation, qui monte la garde