Bestioles et  bestiaire

Galerie de  créatures qu'on peut  rencontrer près de chez soi ou  au hasard de nos pas, dans les endroits peu fréquentés, si l'on a l'œil aux aguets, dans l'herbe, les pierriers, les coteaux ou les combes, les sous-bois ou les friches et même les jardins naturels ...
Ecaille_chinée
L'Écaille chinée
ou Callimorphe1-Euplagia quadripunctaria
Ce papillon d'assez grande taille (45-55 mm), à la fois diurne et nocturne, est une espèce thermophile. Il a souvent les ailes postérieures  rouge-orangé tâchées de noir recouvertes au repos par les ailes antérieures, le rendant alors beaucoup moins voyant (ailes antérieures noires traversées de bandes obliques blanc- crème).
Il n'existe aucune différence entre le mâle et la femelle qui dépose ses œufs au revers des feuilles de la plante hôte. Le papillon vole de juillet à août. En France, il est relativement commun (au sud de l'Europe, il peut se réunir par milliers dans les vallées chaudes, offrant ainsi tout un spectacle aux touristes en été). Sa chenille hiberne et achève son évolution au printemps : au début, elle est polyphage sur plantes basses, dont l'ortie si prisée par de nombreuses chenilles, mais après l'hibernage, elle préfère les végétaux ligneux, notamment le framboisier. L'adulte butine activement en plein soleil, en particulier sur l'eupatoire chanvrine et les panicauts.

1- Du grec kal(l)os, "beau" (cf calligraphie, callipyge) et morphê, "forme" (cf morphologie).

              La callimorphe sur l'eupatoire chanvrine (combe Torcy, début août 2007)









Ombres chinoises
. de 2 mouches sur une cardère.
Elles scellent leur destin : le mâle meurt quelques jours après l'accouplement, la femelle après la ponte.

Moralité : pour une mouche, mieux vaut rester vierge!
Le Fluoré - Colias alfacariensis

Le marcheur qui traverse les pelouses sèches où pousse l'hippocrépide à toupet, a quelque chance de voir voleter, de la mi-avril à fin octobre, un papillon jaunâtre aux ailes frangées de noir : le Fluoré (Colias alfacariensis) dont la chenille se nourrit presque exclusivement de cette plante. C'est pourquoi on l'appelle également Coliade de l'hippocrépide (exceptionnellement, la plante nourricière peut aussi être la coronille bigarrée)







Ci-dessous, le Fluoré au repos près d'une centaurée.
Ce papillon vit en effet dans les milieux ouverts et chauds, sur sol calcaire. Relativement sédentaire, il est strictement inféodé à ce biotope. Posé, il a un tout autre aspect :  ses ailes restent presque toujours repliées, mais on peut le reconnaître à coup sûr grâce à une tache blanche en forme de huit, cernée de rose lilacé, qui orne le revers de ses ailes postérieures.
 Papillon répandu partout dans les régions méditérranéennes, beaucoup plus localisé en Bourgogne (absent du Châtillonnais). Prolifique, l'espèce donne 3 ou 4 générations annuelles successives et hiverne à l'état de jeune chenille sur la plante hôte.










Regard perçant et scrutateur d'une jeune pie
venant de quitter le nid.  

Pucerons
La danse des pucerons

Sur les parties somitales de l'odoriférante tanaisie, comme s'ils se livraient à une danse rituelle, des pucerons s'agitent en cadence (une araignée sociale exotique dont j'ai oublié le nom se comporte de la même façon : durant le bref instant d'immobilité du groupe, la secousse d'une proie tombée dans la toile permet ainsi aux araignées de la localiser). Dans le cas de ces pucerons aptères, je ne connais pas la raison de cette sorte de pulsation, pas plus que le nom de l'espèce (il en existe 4000...). Ceux-ci sont regroupés en colonies compactes où cohabitent plusieurs générations. Les adultes portent une paire de cornicules sur le dos. Ceux-ci sont des tubes émettant une substance jaunâtre qui coagule en 20 secondes, engluant les mandibules des prédateurs. Ils diffusent également des phéromones qui sont des signaux d'alerte pour leurs congénères. Si vous intervenez, panique générale : les pucerons se jettent en masse dans le vide ou descendent précitamment les tiges!
Il faudrait pouvoir réaliser une macro plus détaillée : j'ai du me contenter d'une loupe mettant en évidence une livrée en bandes transversales, de longues antennes, une paire d'yeux rouges ressemblant à ceux de la mouche du vinaigre. Outre les cornicules dorsaux, l'on aperçoit la cauda (sorte de queue) canalisant l'écoulement du miellat .


Ascalaphe soufré - Libelloïdes coccajus
Ascalaphe
Spécimen photographié dans les friches au N.O. de La Rochepot le 21/5/2006


L'ascalaphe est un insecte d'apparence hybride. Il tient à la fois de la libellule dont il a le vol rapide et zigzagant (membrane des ailes résillée, abdomen allongé et segmenté), et du papillon (tête poilue, longues antennes terminées en massue).

Le thorax ne fait-il pas penser à un masque africain? A l'extrémité de l'abdomen du mâle, l'on remarque les 2 cerques poilus avec lesquels il saisit la femelle en vol. Au repos, ses ailes sont disposées en toit comme chez les cigales. Espèce plutôt méridionnale, on le trouve plus au nord dans des ilôts thermiques. Il ne vole et chasse qu'à la chaleur du soleil.

La larve est carnassière comme l'adulte. Munie de fortes mandibules, elle  se nourrit des proies qu'elle trouve au sol.


Gerris bossu - Gerris gibbifer
Gerris

Appelé à tort araignée d'eau, car il ne possède que 3 paires de pattes (et non quatre), le gerris est un insecte qui s'avère un champion de patinage : d'un seul élan, il peut parcourir jusqu'à un mètre à la surface de l'eau. La paire de pattes médiane, la plus longue, lui sert de rames, la paire arrière de gouvernail. La première paire, la plus courte et la moins visible sous la bouche, lui sert à coincer les insectes tombés à l'eau, qu'il détecte grâce aux vibrations qu'ils produisent. Pour s'en nourrir, il perce avec un poinçon creux sa proie qu'il vide de son contenu.

Il glisse sans s'enfoncer grâce à des touffes de poils huileux à l'extrémité de ses pattes (l'on peut voir la surface de l'eau sous elles, former des cuvettes brillantes). On l'appelle aussi puce d'eau car il peut sauter pour échapper à une quelconque menace imprévue. La femelle pond ses œufs hors de l'eau, sur les végétaux du rivage (2 générations par an).

Gendarme/Soldat/Cherche-midi - Pyrrhocoris apterus

L'une des punaises les plus communes, mais qui est peu nuisible. Impossible à confondre : l'adulte présente un dessin rouge et noir évoquant un masque africain. Elles vivent souvent en groupes dont la cohésion est assurée par l'émission de phéromones.
Gendarme/Soldat : allusion à l'ancien uniforme rouge et noir des militaires autrefois.
Cherche-midi car ces insectes se rassemblent sur les troncs, du côté exposé à la chaleur du soleil.
Pyrrhocoris apterus :
 pyrrho..., probablement variante de l'élément pyr(o), du grec pur, puros "feu", allusion à la couleur rouge (cf le nom scientifique de la libellule Pyrrhosoma nymphula, "petite nymphe au corps de feu").
....coris apterus : élytres réduits à la corie; corie désignant  la partie antérieure épaisse (coriace...) de l'aile incomplète et, aptère signifiant sans ailes. 
Pyrrhocoris
Une colonnie au pied d'un vieux tilleul, arbre que ces insectes affectionnent : ils en sucent les petits fruits globuleux.

Fruits du tilleul

Gourmandise du gendarme : la sucette à 3 boules !
Pyrrhocoris sur guimauve Ces insectes apprécient également les malvacées et subissent plusieurs métamorphoses. Celui-ci, sur une guimauve, est au stade préadulte.: il a 3 petits points noirs alignés au milieu du dos.
Lampyre ou ver luisant

Lampyre femelle surprise au flash la nuit de ce 14 juillet 2005 (sic), du grec lampyris " porteur de lanterne" (Je l'appellerais volontiers "étincelle de lune").


Ce ver luisant, qui d'ailleurs n'a rien d'un ver, est un coléoptère. Son corps applati est composé d'articles écailleux. A l'inverse du mâle, beaucoup plus petit, la femelle ne vole pas et l'attire en dirigeant au mieux son "fanal" ventral, les 3 articles terminaux, vers le ciel (elle est en effet agrippée à la verticale d'un muret). L'émission lumineuse cesse dès qu'elle est fécondée. La femelle adulte conserve une morphologie de type larvaire, alors que le mâle dispose, comme tout coléoptère, d'une paire d'élytres. Observez l'avancée du prothorax formant comme un bouclier sur le dessus de la tête. L'on aperçoit également les 2 mandibules très acérées avec lesquelles elle mord sa proie (escargot ou limace) et lui injecte par les canaux de ces appendices une substance anesthésiante ainsi que des enzymes digestives : les tissus de la victime sont liquifiés et le lampyre n'a plus qu'à "lamper" ce liquide.

La larve du ver luisant  

Un youpède bourguignon, créature phantasmagorique, approximativement restitué tel qu'il m'est apparu dans le jardin une nuit de pleine lune. Apparemment il bave des bulles mais est inoffensif ....
Machaon - Papilio machaon
Chenille de Macahon

Sur la chenille, l'on voit dejà le cordon de soie qui servira à l'arrimage de la chrysalide sur son support
Chrysalide de machaon
Machaon
La chenille du machaon vit sur les plantes appartenant à la famille des ombellifères comme la carotte, le cumin, et le fenouil. Cinq à sept semaines après l'éclosion des œufs, la chenille prépare sa nymphose : elle se fixe au support choisi par un fil de soie et par un petit tampon de soie, sur lequel elle colle ses valves annales. Stratégie de camouflage, la chrysalide, évoquant une feuille, prend une couleur verte en été et brune en hiver. Le nombre de générations dans l'année dépend du climat et de l'altitude. A la belle saison, 2 semaines environ après la formation en chrysalide, l'insecte la fend vers le haut et latéralement et force le passage avec ses pattes. Les ailes sont encore molles et froissées. A ce stade délicat, elles sont fragiles et le moindre incident peut rendre la papillon infirme. Il doit attendre qu'elles sèchent et durcissent pour voler. Si la sortie a lieu le soir, il attend le jour suivant pour s'envoler. (Sur le cliché, les antennes ne sont pas encore déployées).

Les photos ci-dessous nous ont été obligeamment fournies par Chantal Chatelain qui a "cocoonné" avec succès
ce bombyx du chêne- Lasiocampa quercus

Bombyx du chêne- Lasiocampa quercus

Le dimorphisme sexuel de cette espèce est très marqué : la femelle, plus grande, a une coloration jaune d'ocre, beaucoup plus fade et vole pesamment au coucher du soleil. Par contre, par beau temps, le mâle volète brusquement et en zigzaguant, aussi est-ce un véritable exploit si l'on parvient à l'attraper. C'est la raison pour laquelle la plupart des spécimens de collection proviennent d'élevages. Son aire d'extension est large puisqu'il vit dans les forêts d'Europe et d'Asie, mais il n'est jamais fréquent. La chenille est polyphage et la nymphose a lieu dans un cocon ovoïde.

Sauterelle veerte

Grande sauterelle verteTettigonia viridissima (20-7-05 - au cœur de la forêt morvandelle)

Toute verte, en effet, sauf un léger marquage brunâtre sur le dos.

A l'inverse du criquet, elle dispose de très longues antennes. Le spécimen est une femelle reconnaissable à son oviducte en forme de tarrière, ce "sabre" qui impressionnait l'enfant que nous étions.Autres différences importantes : le criquet est essentiellement végétarien alors que la sauterelle se nourrit surtout d'insectes variés (mouches, chenilles, petits lépidoptères, etc...); d'autre part, celle-ci est certes un bon voilier, mais sur de courtes distances.
Les mâles sont des chanteurs infatigables de jour comme de nuit. Autrefois, ils étaient très communs et on les élevait par plaisir. Ils tendent à se raréfier, voire à disparaître partout où l'homme "sévit" : on se doit donc de protéger cette belle sauterelle.


Ephippigère
Insecte voisin, l'éphippigère des vignes, magnifique d'étrangeté et qu'on dirait caparaçonné pour le combat. On le surnomme Hotteux et Porte-selle en raison de la forme du corselet. Ne disposant que d'ailes très réduites, il ne vole pas, L'insecte est omnivore : il se nourrit de végétaux (feuilles de ronce et de pissenlit; vigne dont il ronge les grappes) et d'insectes (mouches, chenilles). Il aime la chaleur et on peut le rencontrer dans les buissons et les hautes herbes de notre région. Les deux sexes chantent.
Ci-contre,  spécimen femelle également,  reconnaissable au "sabre".








Crapaud accoucheur

J'ai le chance d'abriter dans mon jardin 2 alytes mâles ou crapauds accoucheurs, au chant flûté et mélancolique . Les sons semblent venir de nulle part et le crapaud est difficile à localiser étant donné sa petite taille (moins de 5 cm) et sa couleur terne, d'autant plus que son chant est nocturne. J'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'un petit rapace du genre chouette ou hulotte. Patiemment, je me suis embusqué pour obtenir cette photo de l'un d'eux. Il "habite" dans le trou d'une pierre percée à proximité de l'eau. Espèce protégée, j'espère cependant qu'il n'y aura pas de descendance car les tétards carnassiers sont voraces.

Si vous souhaitez plus de détails sur cet étonnant batracien, un site intéressant : http://www.educ-envir.org/~euziere/science/article.php3?id_article=94