Plantes de notre flore -1

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D'autres plantes


Cette rubrique se propose de décrire en détail des plantes de divers milieux : sous-bois, champs, prairies, berges, décombres, voire échappées de jardin que l’on peut rencontrer à l’occasion des randonnées, sans pour autant les remarquer. Aussi ne cherchez pas ici l’iris, le lys ou la rose mais plutôt de modestes plantes qui révèlent en macro leur splendeur ignorée car le choix portera non sur leur aspect spectaculaire, mais sur leur originalité et leur intérêt.
Vous y trouverez aussi  quelques plantes originales que vous pourrez cultiver  avec plaisir, même si vous n'avez pas les doigts verts.





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Les Usnées

Les abondantes chutes de neige de ce début mars ont détaché des arbres de nombreuses usnées : il s'agit d'un lichen épiphyte, Usnea florida, qui présente en abondance de grandes apothécies1 en forme d'assiettes et bordées de filaments. Il est ci-dessous associé à "la mousse des chênes", Evernia prunasti, dont le thalle2 est en lanières à l'inverse de l'usnée aux nombreuses et très fines ramifications.

1- apothécie : organe de reproduction, généralement en forme de coupe
2- thalle : appareil végétatif du lichen

Usnea florida et Evernia prunasti sur fond de neige

Le lichen est un végétal particulier car il résulte de la symbiose entre un champignon et une algue, mais seul le microscope permet d'identifier les 2 partenaires : protégées de la déhydratation par l'enchevêtrement des filaments mycéliens, les algues, grâce à leur chlorophylle, fabriquent par photosynthèse des substances organiques dont profite le champignon. Paradoxalement, le lichen est à la fois très résistant et très fragile. La symbiose champignon/algue est une telle réussite que les lichens se comportent en pionniers de la végétation, capables de s'installer sur des milieux entièrement minéraux qu'ils contribuent à désagréger par leurs sécrétions acides. En effet avec son apparition au creux d'un rocher, le lichen va donner naissance à un humus, point de départ d'un milieu vivant.
Par contre, les lichens sont très sensibles à la pollution si bien qu'ils ont tous disparu des villes. Le taux de présence de telle ou telle espèce est même un indicateur précis du degré de pollution. Ainsi, la curieuse "barbe de Saint-Antoine", Usnea filipendula, (également appelée "cheveux de sorcières"), qui forme des touffes blanchâtres d'environ 25 cm de long, n'est-elle plus fréquente que dans les forêts de montagne où elle subsiste grâce à un air moins pollué et plus humide.



Le Fragon petit houx - Ruscus aculeatus (= en forme d'aiguille) LILIACÉES

Le fragon ou petit houx est un sous-arbrisseau dioïque, toujours vert. Thermophile, il prospère néanmoins à mi-ombre et, en Bourgogne, dans les sols caillouteux calcaires. Cette plante de nos sous-bois est absente dans le Nord et l'Est de la France, ainsi qu'en altitude. Elle forme des buissons denses de tiges dressées raides. De même, la partie souterraine développe une touffe serrée de rhizomes dont les jeunes drageons ressemblent au début à des pousses d'asperges. Les tiges cannelées portent des cladodes qui ont l'apparence de feuilles coriaces : en réalité, ils sont issus de la transformation des rameaux et se terminent en pointe vulnérante (d'où les appellations de houx frelon, buis piquant). C'est au centre de ce cladode qu'apparait en mars/avril, une fleur (parfois 2) très discrète, d'un blanc verdâtre à taches pourpres. Les fruits qui succèdent aux fleurs femelles, sont des baies d'un rouge brillant qui persistent tout au long de l'été. 

Particularité de l'aire bourguignonne : la présence du fragon, souvent dans les sous-bois de chênes pubescents, correspond à l'axe topographique formé par le prolongement du Sillon rhodanien (quasiment inexistant à l'Est et à l'Ouest de la Côte-d'Or)

En Italie, les jeunes pousses étaient consommées comme des asperges : après plusieurs cuissons dans l'eau pour en réduire l'amertume, elles révèlent " un léger goût de réglisse ". Par contre, les baies sont très toxiques (troubles digestifs, éclatement des globules rouges).

Le fragon, puissamment vaso-constricteur, est un remède des troubles circulatoires veineux (varices); il est également utilisé en cosmétologie (couperose).
Il existe d'autres variétés, plus spécifiquement méditerranéennes : l'une ayant des cladodes plus grands et plus souples et des piquants moins durs, l'autre qui en est dépourvu.
Enfin, une variété multiflore plus ornementale est cultivée : le fragon à grappes - Danae racemosa.
En anglais, le fragon se dit "butcher's broom" - balai du boucher, car ses rameaux rigides et coupants râclaient efficacement la table de découpe.
En allemand, il se dit "Mäusedorn" - épine de souris, car l'on entourait le bacon et le fromage des rameaux de la plante pour les préserver des rongeurs.

Selon le folklore, lors de leur initiation, les sorcières devaient se rouler dans les touffes de fragon.

Fragonard, nom du célèbre peintre natif de Grasse, est dérivé de fragon : il signifie "petite fraise" dans le Midi (cf le latin fraga, fraise).


Cladodes du fragon

Les cladodes, de forme ovale lancéolée sont rigides, à forte nervure médiane prolongée par une pointe acérée. Ce sont de fausses feuilles puisqu'ils portent des fleurs (ces rameaux "cladodisés " ont remplacé les feuilles inutiles, réduites à des écailles).

Les fleurs sont unisexuées et portées par des pieds différents (espèce dioïque).

Asparagus
Rameau grossi

L'asperge et l'asparagus des fleuristes ont également  une multitude de petits rameaux qui, comme le fragon, tiennent lieu de feuilles.


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La bryone dioïque - Bryonia dioïca - CUCURBITACÉES 

De la famille des Cucurbitacées (potirons, courgettes, concombres et melons), elle est pourtant toxique dans sa totalité. Vous ne la trouverez pas en forêt mais plutôt dans les lieux urbanisés. Espèce de demi-ombre, elle est bien connue des jardiniers qui la voient monter dans les haies (jusqu'à 5 m.) : l'on a beau l'arracher, cette peste végétale, elle repousse d'année en année, toujours plus vigoureuse. Et comment l'extirper à moins d'arracher au préalable l'arbuste de la haie qu'elle couvre!

Sa racine très charnue, d'aspect blanchâtre, appelée navet du diable, explique sa résistance (bruein en grec signifie "pousser avec vigueur") : elle peut atteindre la grosseur du bras. Au Moyen-âge, des charlatans peu scrupuleux l'ont proposée comme substitut de la mandragore malgré sa toxicité!

Cette liane s'accroche en lançant des filaments (feuilles modifiées, comme les vrilles de la vigne), poussant à l'opposé de chaque feuille. Dès que leur extrémité touche un support, ils s'enroulent.

Ses feuilles alternes d'un vert terne, rappellent un peu celles de la vigne, mais sont plus petites et portent des poils rudes renflés à la base (bien visibles sur les tiges).

Ses fleurs d'un blanc verdâtre, veinées, sont dioïques (fleurs mâles et femelles poussant sur des pieds différents).

Les fruits sont des baies, rouges à maturité, contenant 5 graines dans une pulpe visqueuse.

Il existe une espèce voisine dont les baies sont noires, la bryone blanche, Bryonia alba. Celle-ci est un des médicaments les plus importants de la thérapeutique homéopathique. On la prescrit notamment dans le traitement des symptômes inflammatoires (pleurésie, synovite, rhumatisme articulaire aigu, broncho-pneumonie).


Fleur mâle
Fleur mâle (non totalement épanouie),  plus grande que la fleur femelle et aux pétales plus larges. Elle est longuement pédonculée. 5 étamines dont 4 soudées deux à deux et une libre. Curieuses crêtes polliniques sinueuses
Fleur femelle
Fleur femelle,  portée par de courts pédoncules. Ovaire infère : la baie est nettement en dessous du calice. Style court terminé par 3 stigmates bilobés, frisottés et poilus.
Vrille
Constatation intéressante : certaines plantes volubiles ont des tiges qui s'enroulent dans le sens des aiguilles d'une montre (chèvrefeuille), d'autres dans le sens inverse, cas le plus fréquent (liseron). Chez la bryone, il s'agit d'une vrille formée de 3 segments : la partie basale dans un sens, la terminale dans un autre sens, le court segment intermédiaire restant à peu près rectiligne. Ce dispositif assure une excellente élasticité dans le maintien de la tige au support.


Echevéria pulvinata - CRASSULACÉES

Les feuilles de cette plante grasse originaire du Mexique qui font penser à de petits coussins (en lat. pulvinus signifie "coussin") sont épaisses, spatulées et recouvertes d'un duvet blanc très doux . Leur extrémité devient rougeâtre sous l'effet du soleil. Les fleurs apparaissent sur des hampes émergeant du centre des rosettes, formant de petites grappes couleur de feu.

J'attire votre attention sur cette plante pour 2 raisons :

1- Il me semble que c'est le plus beau des échevérias : si vous l'adoptez, vous ne serez pas déçus. Très facile à cultiver, il fleurit tous les ans. On ne lui connait guère de maladies. Le seul risque : arroser l'hiver alors que les racines doivent rester sèches. Pour le bouturage, par expérience, il vaut mieux mettre en terre une rosette avec un fragment de tige, plutôt qu'une feuille seule, contrairement à ce qui est préconisé (en effet celle-ci a tendance à pourrir avant de raciner).

2- Cette espèce est une exemple remarquable d'adaptation à la sécheresse. Le cliché ci-contre est un spécimen négligé, laissé au sous-sol derrière une fenêtre, près du sèche-linge. Au fil des mois de ce régime sec, voyez comme il a développé des racines aériennes afin d'absorber l'humidité ambiante (elle est pâlote après son séjour en sous-sol; promis : je mets un terme à sa maltraitance).


La prêle



Son ancêtre, la calamite, sorte de prêle géante, existait aux premiers âges de la terre où elle croissait en abondance, formant de véritables forêts (de nos jours elle représente une véritable "calamité" pour le jardinier cultivant une terre humide!). Appartient à la famille des Équisétacées (allusion à la disposition en verticilles des rameaux grêles et souples évoquant une queue de cheval). Sa tige, très riche en silice, a été utilisée comme abrasif pour polir les métaux, les bois précieux ou l’ivoire. Le vieux nom "asprele" évoque cet emploi et se rattache à âpre (asper) d’où aussi l’appellation populaire d’herbe à récurer. La "prêle des champs", Equisetum arvense, appartient à la pharmacopée traditionnelle : la poudre des tiges stériles prise en gélules assure une excellente (re)minéralisation de l’organisme. Elle stimule la synthèse du collagène contenu dans les tissus osseux et conjonctif et facilite ainsi la reconstitution du cartilage au cours des maladies articulaires. C’est un élément de structure dont dépend l’élasticité des tissus : à ce titre, elle permet d’améliorer la souplesse des tendons. Elle prévient la carie dentaire et remédie aux ongles fragiles, cassants et dédoublés. En cas de fracture, elle assure une bonne cicatrisation en favorisant la formation du cal. Mais attention en usage interne : s’assurer que la poudre soit micronisée, d’abord parce qu’elle est mieux assimilée, mais surtout parce qu’à défaut, elle risque d’être mal supportée, occasionnant des irritations de la paroi stomacale. Enfin, en cas de saignement, elle s’avère un excellent hémostatique.

La méthode des signatures développée par Paracelse, quoique non validée scientifiquement et inspirée par l’anthropomorphisme, s’avère pourtant souvent exacte : la tige de la prêle (de même que celle du bambou) rappelle la colonne vertébrale, donc ces plantes doivent être bénéfiques à l’ossature. De même, les cerneaux de noix, évoquant les hémisphères cérébraux, doivent s’avérer favorables au système nerveux ( en effet, la noix est riche en acides gras insaturés dont on parle tant actuellement). L’on pourrait citer bien d’autres plantes : le marronnier par ex. qui se caractérise par une montée rapide de sève dès la survenue des chaleurs du printemps, est recommandé pour la circulation veineuse (intrait de marron d’Inde).

Voir aussi "La grande prêle - Equisetum telmateia"

La Belladonne

SOLANACÉES - Atropa belladonna

Grande plante herbacée vivace à tige robuste et d'aspect buissonnant. Elle dégage une odeur fétide.
On la rencontre surtout dans les clairières en sol calcaire (réapparaît périodiquement dans les coupes récentes).
Fleurs en forme de clochette brun pourpre, portées par de longs pédoncules pubescents (corolle et calice sont de type 5). Feuilles ovales pointues, à pétiole court, souvent associées par paire (une grande avec une petite).
Le fruit est une baie d'abord verte puis noire, luisante, de la taille d'une petite cerise (elle présente un réel danger pour l'enfant : 2 à 5 baies peuvent entraîner sa mort).
Il est entouré  des sépales formant une collerette à 5 pointes, rappelant celle dentelée portée par le Fou du Roi, allusion, qui sait, au délire résultant de l'ingestion de la baie.
Ses divers noms attirent l'attention sur sa toxicité : morelle furieuse, Atropa belladonna (Atropos, l'une des divinités de la mythologie grecque qui présidaient à la destinée humaine, celle-ci coupant le fil de la vie; belladonna car les nobles dames vénitiennes de la Renaissance utilisaient le suc des baies pour dilater la pupille et rendre leur regard brillant; on utilise encore cette propriété de l'atropine qu'elle contient en ophtalmologie pour l'examen de la rétine ).

Les symptômes majeurs de l'intoxication sont : tachycardie, congestion de la face avec sécheresse de la bouche et de la gorge, ensuite excitation violente, délire, vertige, spasmes, la mort pouvant survenir par paralysie des voies respiratoires.
Des feuilles, on a extrait une couleur verte utilisée dans les enluminures.

Plantes aquatiques et du bord des eaux

SAURURACÉES - Saururus cernuus

Penchons nous sur cette plante du bord des eaux, Saururus cernuus ou lézardelle penchée. Vivace, on la présente comme supportant mal les hivers rigoureux : on la trouve surtout en Bretagne et dans le Sud-Ouest.. Cependant il me semble que cette fragilité au froid soit infondée et que cette plante mérite d'orner les plans d'eau de chez nous. Elle est en effet originaire des côtes Est du Canada et des Etats-Unis; ainsi ce spécimen prospère depuis plusieurs années dans un petit bassin de mon jardin. Elle exige un sol très humide pouvant être recouvert d'eau partiellement en été. Elle est intéressante pour le graphisme de son feuillage étagé de façon régulière sur des tiges bien droites, tandis que l'inflorescence est en épis retombants, d'un blanc crème, évoquant selon qu'elle débute ou se termine, une "queue de lézard" (qui est aussi son nom vernaculaire), un point d'interrogation, ou encore une tête d'oisillon ébouriffée. Ses feuilles cordiformes sont élégamment réticulées, ses fleurs délicatement parfumées alors que les feuilles froissées dégagent au contraire une désagréable odeur (analogue à celle de la Rue "Ruta graveolens"). Autour de la plante pousse Houttuynia cordata au feuillage multicolore, plus marqué en plein soleil, pouvant faire office de couvre-sol au voisinage des eaux.

Picris échinoïdes - ASTÉRACÉES 

Pleins feux sur Picris échinoïdes, appartenant au groupe des Astéracées dont les capitules sont formées de fleurs semblables toutes en languettes comme celles du pissenlit. Son nom commun est picride fausse vipérine, car elle rappelle, seulement par son aspect rugueux et son contact piquant, la vipérine aux remarquables fleurs d'un bleu intense.

D'apparence ingrate, hérissée de poils raides, elle recèle pourtant d'intéressantes particularités. Si vous la remarquez, peut-être la considérerez-vous avec intérêt (surtout si vous l'examinez à la loupe!). On la rencontre en bordure des champs, des chemins et dans les friches et terrains vagues.




Fleur en languette et akène à aigrette en formation
Fruits secs (akènes) à aigrette de soie proches de la dissémination

Les feuilles, dont les supérieures embrassent la tige par deux oreillettes (comme celles du laiteron âcre), sont rêches, à bords ondulés et ont des poils blancs dont certains reposent sur une sorte de coussinet et d'autres sont terminés par une pointe à 3 crochets ressemblant à une ancre.


Les capitules sont entourés par 2 types de bractées : les plus fines appliquées contre l'inflorescence, et 3 à 5 plus larges dont les bords s'incurvent vers l'extérieur.

Pour mémoriser le nom latin, rien ne vaut sa connaissance étymologique.

Picris : d'un mot grec signifiant "amer" (qui n'a eu l'occasion de boire du picrate, vin  de mauvaise qualité?), allusion au suc des tiges ou des feuilles (pourtant, cette picride a été autrefois consommée cuite comme légume, disette oblige...).

Echinoïdes : formé de échin(o) = piquants (du grec ekhinos, hérisson, oursin) et de eidos, apparence. (L'on retrouve cet élément dans les mots astéroïde, deltoïde, humanoïde, ovoïde, etc...)

NB : ne pas confondre avec une espèce beaucoup plus commune, surtout dans les friches calcaires, la picride fausse épervière, Picris hieracioïdes, dont les capitules sont plus petits et les bractées extérieures étroites et couvertes de poils noirâtres.

Certes la plante n'est pas méconnue mais je vais vous la présenter pour le simple plaisir des yeux

Agapanthe en ombelle ou Tubéreuse bleue – Agapanthus umbellatus (du grec agapan "aimer")

Plante ornementale (Liliacée) à belles fleurs du bleu le plus tendre, portées par de longues tiges vigoureuses entourées à la base d'une touffe de feuilles rubanées d'un vert foncé. Originaire d'Afrique australe, elle ne supporte pas en pleine terre les hivers rigoureux.

Dans le langage des fleurs, je ne lui ai pas trouvé de signification : pour moi, elle est "fleur bleue".
Si j'avais un bouquet d'agapanthes à offrir, respectant les caractères de la plante, mon message serait : "plein de tendresse et d'émotion contenue
".

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