Plantes de notre flore - 3

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Plantes protégées      
D'autres plantes

La scolopendre - FOUGÊRE - Phyllitis scolopendrium

Scolopendre dans la Combe aux Chevaux (près de Bouze)

La scolopendre – Phyllitis scolopendrium

Lorsque les feuilles sont tombées, intéressons-nous au décor végétal permanent : la phyllitis scolopendrium ou scolopendre en est un élément.

C'est en effet une des espèces les plus ornementales parmi nos fougères spontanées : grandes feuilles lancéolées, ondulées ("langue de bœuf ou de cerf"), d'un vert brillant et pointues à l'extrémité, avec oreillettes arrondies; souche épaisse (port cespiteux); pétioles noirâtres à la base et couverts d'écailles brun-roux. C'est également notre seule fougère à frondes indivises.

Le mot est intéressant car il reflète la créativité langagière. L'appellation résulte à la fois d'une comparaison et d'une figure de style appelée métonymie (un élément caractéristique désignant le tout ; exemple classique : une voile pour désigner un voilier). Les sores 1 dessinant des traits épais, parallèles entre eux et obliques par rapport au rachis, évoquent les nombreuses pattes du mille-pattes (un myriapode  2).

Cette fougère peut se contenter d'une lumière extrêmement faible  et vivre dans les profondeurs d'un puits, dans les fissures de rochers, en bordure des chemins encaissés, dans les ravins et forêts de pente. Commune dans nos combes où elle prospère sur roches calcaires, souvent sur éboulis, elle est présente jusqu'à 1800 m. C'est une espèce hygrosciaphile (milieux ombragés et frais)

Dans l'Antiquité, on la croyait efficace contre les affections du foie et de la rate d'où la dénomination d' "herbe à la rate" 3. La plante est encore utilisée aujourd'hui dans la composition d'un sirop laxatif pour ses vertus émollientes. 4

 

Notes :

1- La fructification des fougères est assurée par des sporanges (organes renfermant les spores microscopiques, disséminées par le vent), sporanges groupés en amas arrondis ou linéaires appelés sores appliqués à la face inférieure des frondes. La disposition et l'apparence  de ceux-ci est l'un des moyens d'identification des fougères.

2- La scolopendre désigne également un arthropode au corps formé de 21 anneaux portant chacun une paire de pattes (En Amérique latine, il peut atteindre jusqu'à 40 cm et sa piqûre est dangereuse). Curieusement, l'une et l'autre affectionnent les lieux humides et obscurs. Quoique les 2 homonymes soient du genre féminin, certains, pour différencier la plante du  myriapode, emploient le nom de ce dernier au masculin.

3- Extrait d'une "Histoire des plantes" de L. Fuchsius (1549), pour le pittoresque de l'expression :

"L'herbe qu'on appelle langue de serf, croist es lieux pierreux, ombrageux et montaignes : on le trouve quasi partout es jardins. On en trouve en grande abondance depuis l'esté jusque en automne [?] Dioscoride dit qu'elle est astrigente, icelle beue avec du vin aigre fait désenfler la ratelle."

4- Pour les curieux, voici la composition de ce sirop laxatif souvent appelé sirop de chicorée ou de rhubarbe : outre ces 2 plantes, entrent également dans sa composition le fumeterre, l'alkékange, la cannelle, le santal, et ...  la scolopendre.

Ci-contre, dessin extrait de la" Flore forestière française" pour la qualité et la précision du trait.

1 - Souche épaisse (cespiteuse)

2 - Pétiole écailleux (écailles brun-roux)

3 - Limbe ferme, en forme de langue, ondulé

4 - Oreillettes arrondies

"Voir la feuille à l'envers"

 
La carotte sauvage - OMBELLIFÈRES - Daucus carota

Une ombellifère blanche


Tache rouge sur napperon blanc

Elle pousse partout : dans les prés secs, les terrains incultes, au bord des chemins mais qui la remarque? Se mêlant aux "mauvaises" herbes, elle s'en détache pourtant par ses ombelles blanches. De plus, elle se distingue souvent des autres ombellifères par un point bien "particulier" . Les plus cabotines vous font de l'œil : une petite fleur rouge sombre, voire plusieurs, occupent le cœur de l'ombelle. Les petites fleurs à corolle rayonnante qui l'entourent ont souvent des pétales extérieurs plus longs. Sa tige rigide est velue et striée, ses feuilles finement divisées, de même que les bractées, très longues, formées de 3 à 5 lanières, formant une collerette. Ses nombreuses graines ovoïdes, d'abord flavescentes, virent au brun rouge avant de prendre la couleur beige de la semence. Elles sont densément hérissées de petits aiguillons par lesquelles elles s'accrochent. En fin de saison, ses ombellules à nombreux rayons très serrés se courbent vers l'intérieur, donnant l'aspect d'un nid au creux duquel s'abritent de nombreux petits insectes. Vous connaissez son nom à défaut de la reconnaître: il s'agit de la carotte sauvage, docus carota, dont la racine pivotante d'un blanc jaunâtre va devenir, par sélection, la carotte cultivée, bien orangée par sa richesse en carotène (pro-vitamine A). Il faudra en effet attendre le Moyen Age pour que la carotte soit sur toutes les tables et encore était-elle bien souvent dédaignée à cause de la persistance d'une cœur ligneux et dur. En phytothérapie, l'espèce sauvage dite carotte des prés, carotte à lapin, est toujours utilisée : notamment, sa racine en décoction contre les hépatites et ses graines contre les lithiases rénales.

Ne la confondez pas avec la cigüe, heureusement beaucoup plus rare et dont la tige est parfaitement lisse.

Carotte sauvage

L'ombelle se creuse avant de se refermer sur elle-même. Au bord des ombellules, fleurs aux pétales extérieurs plus allongés.
(en haut, parachutage d'une graine clandestine)
     
     


     Ci-contre, le "nid", refuge et piège.





      Ci-dessous, les graines non encore détachées de leur "cordon ombilical"
   
    

 GERMANDRÉES - Teucrium 1

Les germandrées appartiennent à la famille des Lamiacées (ex Labiées) 2 dont l’une des caractéristiques majeures  est la tige quadrangulaire (la menthe et les lamiers en sont des espèces bien connues). Or, ce n’est pas le cas : de quoi vous égarer dans la détermination. Pourquoi donc cette exception dans cette famille pourtant homogène? A l’inverse de la plupart des plantes de cette famille composée d’herbacées, les germandrées ont une tige ligneuse qui s’arrondit du fait de la croissance des assises génératrices (donnant à celle-ci une apparence segmentée). Les germandrées ayant retenu notre attention ont le même biotope : la Germandrée des montagnes et la Germandrée petit-chêne  poussent sur les plateaux calcaires et chauds des friches très sèches de rebord du plateau de la Côte, au nord de Plombières par exemple.  L’on y trouve bien sûr d’autres plantes basses à affinité méridionnale, notamment les hélianthèmes et l’origan ou marjolaine. Sur ces côteaux exposés au soleil, sur des sols peu épais où la blancheur du substrat accentue encore l’effet de l’exposition, les végétaux doivent se prémunir contre les déperditions hydriques. 

1- Teucrium vient de Teucer, archer grec et héros de la Guerre de Troie, censé avoir découvert les propriétés médicinale de la germandrée petit-chêne, à qui est dédié le genre.

2- La famille des Lamiacées (d'après le lamier, représentant type) regroupe des plantes à tige quadrangulaire, à fleur présentant 4 étamines et une symétrie bilatérale : les pétales ressemblent à 2 lèvres d'où aussi le nom de Labiées donné par les anciens botanistes (de labium = "lèvre" en latin)


La germandrée des montagnes

Germandrée des montagnes Et le détail des fleurs
A cet effet, la Germandrée des montagnes, Teucrium montanum, dispose de feuilles étroites un peu coriaces, enroulées sur les bords, cireuses sur le dessus, pubescentes sur le dessous, avec nervure médiane saillante. Elle doit son nom au fait qu’elle remonte dans les montagnes jusqu’à 2200m. Plante vivace, gazonnante, elle émet des tiges nombreuses, étalées. Autre moyen pour s’adapter, un système racinaire en faisceau permettant une bonne récupération de l’eau infiltrée dans la roche fissurée.
 Fleurs blanc jaunâtre, réunies en têtes terminales arrondies, entourées de feuilles à leur base. Comme chez tous les Teucrium, la corolle est particulière : lèvre unique à 5 lobes ; calice glabre, en cloche, à 5 dents presque égales. Quatre longues étamines entourent un stigmate à l’extrémité bifide. Le fruit reste longtemps au fond du calice desséché.

La germandrée petit-chêne

Germandrée petit-chêne Etle détail des fleurs

La Germandrée petit-chêne ou Chênette, Teucrium chamaedris, aux feuilles munies de crénelures comme celles du chêne, a des fleurs purpurines. C’est également une espèce gazonnante voisine de la précédente, mais d’une taille supérieure (jusqu’à 25cm). Si la corolle de la menthe présente 4/5 lobes à peu près réguliers, il en va tout autrement des Teucrium : un rapide coup d'œil sur la corolle de la germandrée petit-chêne en particulier, donne même l'impression que celle-ci n'a qu'un "pétale" tant les autres lobes sont réduits et modifiés. Les 2 lobes de la lèvre supérieure s'affinent comme des antennes, tandis que 2 des 3 lobes de la lèvre inférieure sont réduits à 2 courtes languettes latérales, à la base du lobe principal en forme de capuchon concave. Calice velu, souvent rougeâtre. 
Cette germandrée a des vertus apéritives et digestives : elle entre dans la composition des Vermouths et de la liqueur de Chartreuse. Cultivée comme plante ornementale de rocaille, elle forme un excellent couvre-sol, mais, attention, elle s’avère très envahissante par ses tiges portant à leur base, des racines adventives.

La Garance voyageuse - RUBIACÉES - Rubia peregrina

Garance et sedum blanc

La garance voyageuse est une vivace originaire d’Orient, compagne du chêne pubescent : l’une et l’autre partagent le même biotope chaud et sec. Elle ressemble à un grand gaillet, traînant et allongé. Sa tige épaisse, un peu ligneuse à la base et dont la souche émet des stolons  peut atteindre plusieurs mètres de long. Elle est munie le long de ses 4 angles bien marqués, d’aiguillons recourbés vers le bas. Feuilles persistantes verticillées par 3-8 (généralement 4), vert foncé brillant, coriaces, munies également d’aiguillons au bord et au dos de la nervure médiane. La plante s’accroche à merveille à la laine des moutons ou au bas des pantalons... d’où le qualificatif de voyageuse (dès que l’on tire sur le rameau qui s’aggripe, il se casse). Fleurs petites, vert jaunâtre, au calice très réduit : cymes 1 portées par un long pédoncule à l’aisselle des feuilles et à l’extrémité des tiges ; corolle à 5 pétales brusquement rétrécis en pointe. Fruits non comestibles, plutôt globuleux, de la grosseur d’un pois, d’abord vert, puis noirs à maturité.
Fruits de la garance avant maturité


Autrefois, l’on cultivait une espèce voisine, rubia tinctorum (lat. ruber, « rouge ») pour extraire de la racine une teinture : la garance.  Rappelons que les pantalons des soldats français, au début de 1914-1918, étaient d’un beau rouge garance, très voyant !

NB : Pour ceux qui s’intéresseraient particulièrement aux plantes textiles et tinctoriales, il existe à Flavigny-sur-Ozerain, un jardin botanique qui leur est consacré (ouvert au public du 15 avril au 15 octobre).

1-Cyme : terme difficile à définir d’autant qu’il en existe de plusieurs types. Elle est liée au mode de croissance. La plus fréquente est la cyme bipare. Il s’agit d’une inflorescence dont l’axe principal se ramifie sous la fleur terminale, celle-ci s’ouvrant la 1ère : la floraison progresse du haut vers le bas. Sous la fleur  terminant l’axe principal, poussent des pédoncules latéraux portant chacun une fleur. A son tour, sous chacune d’elle,  se développent 2 nouveaux pédoncules porteurs chacun d’une fleur.

La garance voyageuse en fleurs
(agrandir la vignette du site Herbari Virtual par clic)