Savoir de quoi l'on parle
Randonnée et incursion linguistique
Quelques définitions :
"Longue marche ininterrompue, grande promenade" (Hachette)
"Course longue et ininterrompue" (Larousse)
En vénerie :
"Circuit que fait un animal autour de l'endroit où il a été lancé par les chasseurs" (un cerf va ainsi parcourir son territoire).
Étymologie et évolution sémantique :
D'abord écrit avec un seul n, randonnée provient
de
l'ancien verbe randoner signifiant "courir
rapidement,
impétueusement"
Le sens transitif de "poursuivre avec
impétuosité"
a survécu dans les patois normands et picards avec la nuance
de "courir après (quelqu'un). en faisant du bruit" :
"il randona le voleur ", autrement dit : il le
pourchassa en vociférant.
Le verbe est tiré des locutions d'ancien français "de randon" (à toute vitesse); "à randon" (avec force).
L'anglais emploie le mot "random" exprimant la rapidité, puis le hasard : par exemple "to walk about at random" : se promener à l'aventure; "random ballet" (balle perdue : le qualificatif anglais rend bien à la fois ces deux notions de force, rapidité, impétuosité d'une part et de hasard d'autre part).
Randon est apparenté à un autre verbe employé en ancien français, randir, "courir, galoper" et transitivement "parcourir rapidement".
En ancien allemand (francique), "rant" (course) a donné en allemand rennen et en anglais run, ran, run.
Sens et acception usuels
En résumé, que retenir de cette incursion linguistique :
- La rapidité de déplacement, avec peu de poses (en cela, la randonnée s'oppose à la promenade et encore plus à la flânerie).
- Le déplacement en tout terrain, à l'aventure en pleine nature ( "at random")
- La marche, en général circulaire, avec retour au point de départ (cf le terme de vénerie) : circuit donc plutôt que traversée.
Décidément, quand on évoque la randonnée, l'on ne peut évacuer l'incidence de la chasse.
Michel Moriame