Les combes de la "Côte viticole" de Côte-d'Or


Ces combes bourguignonnes sont des vallées sèches. Les plus représentatives forment en quelque sorte des couloirs d'accès aux plateaux calcaires du Seuil de Bourgogne dans son extrême rebord oriental. Cette "Côte" ou relief s'étend de Beaune à Dijon, puis se prolonge en s'atténuant jusqu'à Is-sur-Tille.

Par contre, elles se distinguent des combes jurassiennes qui ont une origine toute autre : le glissement jurassien a été comparé à une ondulation de vagues figées, formant une succession de vals et de monts. La combe jurassienne résulte de l'érosion dite en boutonnière qui creuse le sommet d'un mont en longueur. Ses rebords escarpés s'appellent crêts. Les couches dures qui surmontent les terrains tendres forment ces corniches se dressant vers l'intérieur de la dépression. La combe jurassienne s'oppose à la cluse qui entaille transversalement un mont et fait communiquer deux vals.

L'origine du mot "combe" rend bien compte de celles de Côte-d'Or. En effet, barque en grec se dit kumbê, et cūmba en gaulois. L'analogie de forme explique le sens du mot combe. Voici 2 citations poétiques d'André Theuriet, écrivain français un peu oublié du 19e s.

La 1ère explicite en quelque sorte la comparaison d'origine étymologique :

"Large et profonde, la combe évasait mollement ses flancs boisés "

La seconde livre une impression :

"Le sentier couvert descend comme une rapide coulée de verdure jusqu'au fond de la combe "


Géomorphologie

A l'Ère tertiaire, sous le contre-coup du plissement alpin, le sol se relève, les mers évacuent les terres qu'elles recouvraient. La Côte-d'Or est un escarpement dû aux cassures provoquées par l'effondrement consécutif des plaines de Saône. Les indentations, les échancrures de ce rebord sont à l'origine des combes.

Lors des glaciations de l'Ère quaternaire, la Bourgogne n'a pas été atteinte par la calotte de glace qui couvrait le nord de l'Europe. Le climat qui y régnait était "périglaciaire" : gel et dégel se succèdaient tandis qu'une végétation de steppe froide occupait les plateaux parcourus par des troupeaux de rennes voici seulement 20000 ans.

L'érosion s'est produite à la faveur du réchauffement : au fur et à mesure du dégel en profondeur, le sol s'est ameubli; il est devenu progressivement perméable, se creusant sous l'action conjuguée des eaux de pluie et de la fonte. Le calcaire sous-jacent fissuré, est lui aussi devenu pénétrable. Les rivières aujourd'hui disparues ont laissé place à des vallées fossiles où l'eau n'est présente qu'à la faveur d'un lit marneux entre deux bords de calcaire épais.

Aussi, à l'occasion d'orages, les villages du vignoble situés au niveau de ce lit marneux, sont exposés au débordement de cette nappe inondant les sous-sols (lors de gros orages, le phénomène est encore accentué par l'excès de surfaces bétonnées et bitumées, ainsi que par l'orientation dans le sens de la pente des plants de vigne, occasionnant des sillons d'écoulement pouvant entraîner les terres arables).


Végétation

L'orientation des combes, le plus souvent est-ouest, entraîne une différenciation sensible de la végétation selon qu'elle occupe le versant exposé au soleil (adret) ou le versant exposé à l'ombre (ubac). Il y pousse de ce fait, sur une aire restreinte, des espèces submontagnardes et subméditérrannéennes à leur limite d'extension (dans la combe Lavaux, des mesures ont relevé un écart thermique de 5° en moyenne). Autre facteur de diversité, notamment dans les fonds de combes, l'alternance de gels et dégels, est à l'origine d'éboulis.

L'ubac est le domaine privilégié de la hêtraie à dentaire, accompagnée du tilleul à grandes feuilles, de l'érable sycomore et du frêne élevé.

Sur l'adret, où domine le chêne pubescent, l'on trouve une végétation adaptée à la chaleur et la sécheresse : sorbier, alisier blanc, cerisier de Sainte-Lucie, viorne lantane, cornouillers mâle et sanguin, amélanchier, etc.

Le fond de combe, au sol plus profond et riche, est occupé par une chênaie pédonculée-frênaie, le "bout du monde" par plusieurs espèces d'érables et le tilleul à grandes feuilles.

Ainsi ces combes mystérieuses offrent pittoresque et diversité végétale : à nous de les apprécier aussi pour le plaisir du "crapahut" et de l'escalade..

Vauchignon-Bout du monde

Un "Bout du monde " particulier : Vauchignon 


La cascade de la Cozanne est située sur la partie droite du cirque. Elle n'est active que lors d'épisodes pluvieux. En hiver, elle peut donner naissance à une superbe draperie de glace à l'abri du soleil. Ce site  illustre l'importance des niveaux argileux.

Le ruisseau naît en effet quelques centaines de mètres en amont sur une mince couche imperméable de marnes à petites huîtres. L'eau, au cours des siècle, venant au contact du calcaire à entroques (Bajocien) l'a dissout et disloqué, creusant ainsi un cirque dit du "Bout-du-Monde". La falaise, de près de 30 mètres, est en retrait à la base. Ce retrait est dû à un niveau inférieur, également marneux, plus tendre, qui forme dès lors le lit du ruisseau, bientôt grossi d'autres sources. La rivière ainsi constituée rejoint la Dheune, affluent de la Saône.

                                                     M. Moriame