Marcher : essai étymologique

Quand nous marchons, nous marquons un sol meuble de notre empreinte. Marcher vient en effet de la racine germanique mark- qui signifiait "fouler au pied" d’où le marc qui est le résidu du raisin pressé. Par analogie, on laisse une marque avec un marqueur sur le papier ou un quelconque revêtement. Ce sens premier se reflète dans le syntagme : "mettre le pied sur".

La démarche dénote la façon de marcher : démarche raide, souple, élégante, féline, lourde; démarcher, c’est "commencer à marcher" autrement dit engager une action en vue d'obtenir quelque chose. La transition sémantique passe aussi par la mécanique : lorsqu’une machine est à l’arrêt, elle ne marche pas, ne fonctionne pas. En langage familier, l’interrogation "ça marche?" implique l’attente d’une réponse positive ou satisfaisante.

Il s’avère moins aisé d’expliquer le glissement de sens concernant la marche en tant que degré d’un escalier si ce n’est qu’il y a également mouvement : l’on monte ou descend un escalier (à priori, sa finalité n’est pas de s’y asseoir, de s’y reposer; idem pour le marchepied).

La marche a encore un autre sens relié à l’histoire : il s’agit d’une zone frontalière, celle qui est exposée à l’envahisseur . De fait, le marquis à l’origine, était celui qui avait la responsabilité de défendre ces terres menacées ; cf margrave, du moyen-néerlandais, signifiant "gouverneur d’une marche". Le "no man's land" implique l'interdiction de passage, qu'on y trouve aucune trace ou empreinte de pas....Autre sens subsidiaire : la marquise, protection des intempéries en avancée vers l’extérieur. 

Du latin margo signifiant bord, limite dérivent les mots marge et margelle (bord d'un puits). Ce qui est marginal est ce qui sort ou dépasse les limites communément admises ou tout simplement qui n’est pas courant, commun. L’on trouve ce sens dans notre toponymie : Lamarche désigne la ville frontière entre l’ancien Duché de Bourgogne et la Franche-Comté (la Saône étant la limite naturelle). Lamargelle était à la marge, en limite nord des terres de l’Abbaye de Saint-Seine.

                                                                                                                                   Michel Moriame

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