Suggestions sur un "art de marcher"


Je n'évoque pas ici les diverses allures mais la meilleure façon de marcher... L'on apprend bien au mannequin à marcher, pourquoi pas au randonneur?

Emerveillement de la mère qui voit pour la première fois son enfant se tenir debout : moment unique où il acquiert son statut d'homme en devenir.

Observez-le bien : sa démarche est à la fois hésitante et saccadée mais, spontanément, il plie bien les jambes, lève bien le pied.

Bien plus tard, certains deviendront des "traîne-savates" : cette mauvaise habitude, liée au laisser-aller parfois inconscient, peut s'avérer une cause de chute (ainsi chez soi, l'on se prend les pieds dans le tapis). A l'extérieur, là où le sol est inégal, levons suffisament la jambe à chaque pas, sans oublier que le pied doit toucher le sol d'abord par le talon, et que les genoux ne doivent jamais être en complète extension. Se conformer à la dynamique d'une démarche harmonieuse est en soi un plaisir. D'autre part, s'il y a perte d'équilibre, 2 possibilités : 

La chute en arrière. Retrouvons nos réflexes de jeune enfant : au lieu de se raidir, de se cambrer en arrière, ce qui aboutit à une chute sur le dos et souvent sur le coccyx, très mauvaise pour la colonne vertébrale (risque de tassements), plier les genoux pour abaisser le centre de gravité vers le sol et jetter en arrière les mains ouvertes pour se réceptionner.

Quant à la chute en avant 1(l'on heurte par exemple une pierre en saillie, l'on se prend le pied dans une ronce...), la réaction doit être inverse :  il faut dans ce cas se cambrer le plus possible en arrière de manière à tomber au sol en "arc de cercle",les bras écartés en contraction et les paumes ouvertes,  agissant comme  amortisseurs . Si le tout est bien exécuté, l'on épargne les genoux et surtout la tête et le visage ne heurtent pas le sol, ce qui évidemment est le risque majeur de ce type de chute.  

Soit me direz-vous, mais l'on ne réfléchit pas à la bonne façon de tomber. C'est pourquoi il est bon de s'y entraîner, sur un tapis de sol. De façon plus générale, la pratique de la gymnastique s'avère sans doute la meilleure assurance de chutes sans gravité dans la mesure où elle assure  un minimum de force et de souplesse musculaire.

Venons-en à la dénivelée.

La montée pose moins de difficultés que la descente, sauf en cas de problème cardio-vasculaire. Il suffit de prendre le "pas du montagnard" consistant à les faire d'autant plus petits que la pente est forte. Lorsque celle-ci est accentuée, marcher en canard pour poser le pied bien à plat. Si elle est encore plus raide, grimper en plaçant les pieds perpendiculairement à la pente.

La descente, sollicite davantage les articulations et l'on risque... de tomber de plus haut. D'autre part, les fortes descentes sont rarement herbeuses mais plutôt rocheuses ou caillouteuses! Il importe de bien conserver le centre de gravité derrière la jambe en inclinant le corps en arrière.

Enumérons les risques particuliers : surtout lorsque le sol est instable et que l'on descend à plusieurs, rester si possible en groupe de manière à éviter qu'une pierre dévale, prenne de la vitesse, et puisse atteindre un randonneur en contrebas. En tout cas, dès qu'une pierre dévale, alerter les autres. Descendre une pente en courant est néfaste surtout si l'on porte un lourd sac à dos (dans l'entraînement des commandos britanniques, le règlement en interdit la pratique!)

Une mise en garde importante : éviter de faire confiance à la résistance d'un arbuste pour vous freiner car il peut se rompre ou se déraciner et vous entraîner à coup sûr dans sa chute. D'autre part, il vaut mieux s'abstenir de descendre de façon linéaire lorsque la pente est très accusée : inspirez-vous de l'allure du skieur, tantôt à droite, tantôt à gauche. En cas de chute, vous tomberez sur le côté ce qui est préférable à la chute en avant ou sur le postérieur...

Reste à évoquer l'utilisation des bâtons : ils peuvent soulager les articulations fragiles et douloureuses. Cependant, ils ne sont qu'un palliatif et ne remplaceront jamais un bon état articulaire résultant d'une vraie prévention. Une réaction d'utilisateur (plus précisément d'un pèlerin) illustre bien mon point de vue : "J'ai marché les 22 premiers jours avec les bâtons. Résultat, j'ai attrapé une tendinite". Plus grave, les bâtons procurent certes un gain apparent de sécurité, mais en fait ils ont un effet pervers méconnu. Observez bien quelqu'un en difficulté avec ses bâtons : il rigidifie ses attitudes, à l'opposé de ce qui est souhaitable.  De plus, ils peuvent s'avérer encombrants. Pour ma part, je préfère avoir les mains libres (ayant déjà carte, boussole, GPS et le plus souvent un appareil photo!). Si l'on y tient, il faut savoir en faire bon usage : récemment, par défaut de serrage de l'un d'eux, un participant déséquilibré s'est blessé à la main en tombant. En tout cas ne passez jamais les dragonnes en descente : risque de fracture du poignet. 

Marche sportive :

Profiter de la configuration du terrain : en montée, ne pas forcer l'allure; sur le plat, marcher d'un bon pas; sur le faux-plat et en descente, courir en petites foulées (à condition que le sac à dos soit bien sanglé et pas trop lourd!) . Cette allure adaptée à la pente procure une relative détente : elle permet d'aller plus vite et plus loin avec une moindre fatigue.

1- Complément consécutif à une chute en avant mémorable, en ce printemps 2007, lors de la randonnée de Saint-Victor (heureusement pour moi, exemplaire).

                                                                                                   Michel Moriame